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HISTOIRE

NATURELLE, G:êNÉRALE ET PARTICULIÈRE.

DES CRUSTACÉS ET INSECTES. TOME CINQUIÈME.

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ONSOUSCRIT

A TARIS, / Dur ART, Imprimeur-Libraire et éditeur, f rue (les Noyers , N" 22 j

Chez < , ., . - , .

I Bertrand, Libraire , quai des Augustms,

l 35.

A ROUEN, Oiez Vall:Éjî , frërcs, Libraires , rue Beffroi , 52.

A STRASBOURG, Chez L E V R A u L T , frères , Imprimeurs-Libraires.

A LIMOGES, Chez B A R G E A s , Libraire.

A MONTPELLIER, Chez Vidal, Libraire,

A M O N S, Chez H o Y o I s , Libraire.

£t chez les principaux Libraires de l'Europe.

HISTOIRE NATURELLE,

GÉNÉRALE ET PARTICULIÈRE,

DES CRUSTACÉS

ET DES INSECTES.

Ouvrage faisant suite aux (Euvres de Leci,eiic de BuFFON, et partie du Cours complet d'Histoire naturelle rédigé par C. S. Sonnini, membre de plusieurs Sociétés savantes.

PAR P. A. LATREILLE,

Membre associé de l'Institut national de France , des Sociétés Linnéenne de Londres, Philomathique , Histoire naturelle de Paris, et de celle des Sciences , Belles Lettres et Arts de Bordeaux.

TOME CINQUIÈME.

A PARIS, DE L'IMPRIMERIE DE F. DUFART.

A N X I.

LIBRARY Division of Crustacea

AVIS.

La livraison précédente des Insectes étoit déjà en vente, lorsque nous nous sommes aperçus d'une omission essentielle relative au Gênera , formant le volume III.

Pour y obvier, nous insérons à la fin de ce volume un carton que Ton placeia ainsi qu'il est indiqué.

f^^^^^H r s T o I R E

NATURELLE

DES CRUSTACÉS ET INSECTES.

SOUS-CLAS^E SECONDÉ.

Malacostracés , malacostraca.

X-iA dénomination que nous avons consar-^ crée aux animaux de notre seconde grande division des crustacés est celle même d'Aris- tote et des grecs. Par ce mot, qui signifie croûte Oîi écaille tendre , étoient distingués \es animaux aquatiques et sans sang, dont la peau n'est pas aussi molle que celle des mollusques , et qui n'est pas recouverte d'un tét dur , comme celle des animaux vivant dans des coquilles, les ostracoderme?. Les latins ont ensuite appelé crustacés, crua-^ tata^ les malacodermes des grecs.

Afin de présenter d'une manière plus méthodique l'état actuel de nos connois-r sauces sur ces animaux , nous considérerons cette matière sous quatre points de vue : j^ distincLiga des malacodermes; â^ leur

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6 HISTOIRE

organisalioii ; 3" leurs habitudes; expo- sition des méthodes qui les concernent.

1°. Distinction des malacodermes , Sans prétendre approuver les caractères consti- 'tulifs des divisions zooiogiques des anciens natujalistes, il n^n est pas moins vrai que les malacodermes y sont Fobjet d'une coupe particulière, et qu'ils n'ont pas été confon- dus avec les insectes. On est même tout étonné de voir que le fondateur de Fana- tomie comparée et de la zoologie , le grand Aristote, eût recueilli plus de faits sur ces animaux, il y a vingt siècles, qu'aucun des naturalistes qui sont venus après lui , sans en excepter presque ceux des derniers tems. Nous donnerons un extrait de ses observa- tions lorsque nous analj^serons la structure du corps des malacodermes,- et nous serons alors saisis d'une nouvelle vénération pour la mémoire de ce grand homme. Pline a pris dans ses ouvrages les observations essen- tielles dont sou Histoire naturelle est en- richie. En mentionnant quelques crustacés de plus qu'Aristote, en rendant dans sa langue les dénominations grecques de celui- ci, il a un peu embrouillé la science. Ce qu'Hippocrate , Elien , Aihénée , Martial, Juvénal; etc. nous disent des malacodermes

DES MALACOSTRACES. %

est trop succint ou trop particulier pour nous être ici d'un grand secours. Les pas- sages de ces auteurs peuvent seulement nous éclairer sur l'application difficile de plusieurs noms obscurs ou ayant différentes acceptions.

Depuis la chute de Tempire romain jus- qu'à la renaissance des lettres sous François premier , la science de la Nature garde urt profond silence. Belon, Rondelet, Gesner, Aldrovande se livrent à l'étude des ani- maux, et les malacodermes deviennent sujet de plusieurs observations, en conser^; vaut toujours la place qu'on leur avoit assignée entre les mollusques et les testacés. JonsLon ne fait que compiler. Swammerdani paroît et fait luire le flambeau de lana- tomie ; respèce de malacoderme appelée bemard Vhermite^pagurus bernhardus Fab.^ qui se loge dans des coquilles univalves dont elle s'empare, est soumise à l'obser- vation de ce célèbre naturaliste. On lui découvre un cœur ou du moins un organe principal de circulation, très -an dogue à celui de plusieurs mollusques , et différent du vaisseau dorsal et noueux des insectes. Ce crustacé trouve son rang avec eux; il est compris avec les insectes du premier

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Jr HISTOIRE

ordre, ou ceux qui sortent de leur œuf parfaitement formés et pourvus de tous leurs membres. Les observations se multi- plient de jour en jour, et tous les animaux sont partagés en deux grandes coupes ; la première renferme ceux qui n'ont point de squelette ou d'os, et la seconde ceux qui en ont. Ici viennent d'abord se ranger les malacodermes et se confondre avec les insectes (]). Linnapus, apercevant un corps articulé, des antennes et des pattes aux uns et aux autres, les réunit en une seule classe;

(i) On se fromperoit si Ton vouloit conclupe qu'un animal nVsl pis un insecte dès qu'iï a une substance sf>niblrtble ^ cel|e de la cliair , puisque leg écrevisses,^ les chevretles , les homars el quelques autres animaux do cet ordre ont bien une cbair , et que cependant ils n'en sont pas moins des insectes. ( Lyonnet, Bemarq. tbéolog. des insect. trad. franc, tom. I , p. 87. )

Il scmbleroil ici que M. Lesser ne met pas les éerevisses au rang des insectes. Cependant , comme Técrevissc n'a pas de squelette intérieur ; qu'elle a le corps divisé par incisions ; qu'elle n'a ni sang rouge , n,i narines , ni ouïes, ni bouche , ni yeux semblables au reste des animaux, mais qu'à tous ces égards elle re«;srmble aux insectes , je crois qu'on ne doit pas îiùi'e difficulté de la ranger sous ceHc classe, quoique pour sa grandeur elle surpasse de beaucoup le eom- i«un des insectes. Ibijc^. pag. 94.

DES MALACOSTRACES. 9

les malaeodermes composèrent un grand genre, cancer^ parmi les insectes aptères. S'occupant plutôt de méthodes artificielles que de rétablissement d'un ordre naturel , presque tous les naturalistes ont suivi la mai elle de Linna»us. Klein s'en est éloigné; ses animaux multipèdes sont partagés eu deux sections. La première est destinée à ceux qui sont cuirassés , loricata ; elle est remplie par six ordres, dont les cinq pre- miers ap[)arliennent aux crustacés , et le dernier aux. scorpions. La seconde section est celle des insectes; se voient les sco- lopendres, les iules, les cloportes, les arai- gnées, etc. Miiis l'auteur qui, de nos jours, a le premier séparé les malaeodermes ou les crustacés des naturalistes des insectes , est un savant très-peu connu en France, Lefrancq de Berkley, qui a donné en hol- landais une Histoire géographique , phy- sique, naturelle et civile de la Hollande, et dont nous avons une traduction fran- çaise, imprimée à Bouillon , en 1782. Qu'on nous permette de donner ici ses divisions zoologiques. Son travail repose sur quelques vues neuves. Les caractères qu'il assigne sont bien loin cependant d'avoir cette certitude, cette précision qui est propre à la méthode

ïo HISTOIRE

des professeurs Lamarck el Cuvier ; ces cara(> tères n'en méritent même pas le nom, tant ils sont vagues. M. Lefrancq nous prévient que des laisons particulières, dont il se réserve de donner ailleurs le développement , l'ont engagé à s'écarter quelquefois des méthodes de Ray, de Linnaeus et de Brisson, à res- treindre la classe des insectes , et à subdi- visei' celle des veis. Les animaux sont dis- tribués en deux grandes divisions. Lliomme occupe la première, comme le seul être raisonnable, régnant sur la Nature. Les animaux subordonnés forment la seconde division , qui est composée de dix classes : quadrupèdes ; oiseaux; 3^ reptiles; poissons cartilagineux; poissons pro- prement dits; 6*^ crustacés; insectes; 8^ testacés; vers; 10^ zoopliytes. Les ca- ractères essentiels qu'il assigne à chacune de ces classes ne sont pas d'une rigueur suffi- sante : ainsi les quadrupèdes ont du poil , au moins sur quelque partie du corps : ils habitent la terre. Les crustacés ont le corps couvert d'une enveloppe dure, avec des antennes à la tête et au moins huit pieds : ils habitent les bords de la mer et des ri- vières. Mais l'exposition détaillée des carac- tères extérieurs et intérieurs des animaux

DES MALACOSTRACES. ii

de chacune de ces classes présente une assez grande masse d'observations, quoique dif- fuse , pour réparer rimperfection de ces notes indicatives ou en fournir de meilleures. La distinction des animaux à squelette ou sans squelette y est indiquée, caractères ex^ iérieurs , et classes I V inclusivement.

11 est hors de notre sujet de donner ici le détail des caractères de ces classes des animaux vertébrés ; mais nous croyons qu'on verra avec plaisir l'exposition des rapports des classes inférieures ou de celles des ani- maux sans vertèbres , telle qu'elle est dans la traduction française de M. Lefrancq. Cependant, afin de ne pas rompre l'intérêt de ce Discours, et de nous circonscrire aussi exactement qu'il nous sera possible , nous mettrons en note ce qui n'appartient pas aux crustacés (i).

(i) CLASSE VIII. Insectes dont le corps est lisse, ou couvert d'une peau écailleuse avec des stigmates : ils habitent la terre , l'eau et l'air.

Caractères extérieurs. La tête est à ?noitié splié- rique , étant composée de deux demi-globes attachés ensemble par derrière, ou bien elle est plate. Dans la première et seconde conformations , elle est ordinai- rement attachée immédiatement au corps ) mais dans

li HISTOIRE

Caractères extérieurs des crustacés^ suwani M, Lefrancq.

I^a tête consiste en une cuirasse qui se ferme dessous le dos , et qui contient : Les yeux placés à l'extrémité de la tête,

la troisième conformation , elle se trouve chez plu- sieurs séparée par un cou mince.

Les yeux sont en grand nombre, et placés âans un réseau polygone, ou à facettes; il y en a chei; qui ils sont placés sur des petits tuyaux saillans hors cfe la tête; chez d'autres les organes sont douteux.

Les narines sont de même douteuses \ on découvrç cependant une antenne mobile, qui sans doulç est affectée par l'odorat.

Les oreilles ne sont pas non plus encore bien con- nues ; mais il est à croire que le contact de l'air sur les muscles vibrans de ces animaux sert de cause à leur sims auditif.

La langue est une espèce de trompe ou d'aiguillon aspirant qui se roule ou se replie sur lui-même en spirale; chez quelques-uns c'est un membre rond, bai bu et léchant ; chez tous cette trompe sort de la bourbe.

La bouche est , dans le premier état de la méta- morphose , toujours dentée ; dans le second état elle est toujours cachée , et dans le troisième elle cousistç •n une trompe ou piston ou dans des pinces.

Le sens du toucher réside dans les antennes qui se trouvent pUcétii sur le devant de la t(;le ei^tre ^e*

DES MALACOSTRACES. i3 â des tuyaux , comme de petits globes saillans, sans avoir d'iiis ; quelques-uns ont des an- tennes qui paroissent leui- servir d'instru- mens pour Fodorat , et coopérer eu même tems avec le sens du toucher. Ces antennes

yeux, et qui sout aussi sensibles que mobiles; dans leur premier état de métamorphose ces animaux n'ont en général point d'antennes ou très-peu ; dans le second ou troisième elles sout placées à l'intérieur , et dans le dernier état elles sont hors du corps et très-apparentes.

Le corps est dans le premier état vermiculaire, et se trouve , pour ainsi dire, toujours muni de pieds j flans le second état ces animaux n'ont ea général point de pi^d ; il y en a cependant quelques-uns qui en ont, mais qui ne se meuvent malgré cela que fort lentement , étant tous vermiculaires ; mais dans le troisième état de métamorphose , le corps est découpé ou partagé en différens membres plus dis- tincts, tels que la tête , le corselet , le corps, etc.

Le corselet est cuirassé par une membrane écail- leuse , velue ou unie , et se trouve muni de pieds et d'ailes.

Le dos est garni d'une cuirasse dure, velue ou liss«.

Le ventre adhérant à la queue est séparé du corse- let, et composé d'anneaux qui glissent les uns sur les autres.

Les parties de la génération ne sont pas en géné- ral extérieures chez l'un et l'autre sexe : dans l'ac- couplement ils s'accrochent les uns aux autres, on

14 HISTOIRE

ou cornes sont plus ou moins articulées ^ flexibles, et garnies d'aiguillons.

La langue est une espèce de piston.

La bouche, composée de pinces qui s'unissent pour retenir la proie , est garnie

bien il y a une sorte d'intromission , et ils se sti- mulent.

Les soutiens sont de trois espèces.

Ceux qui marclicnt sur la terre courent sur des pieds placés en dehors du corps ; ils sont presque tou- jours hexapodes , et plusieurs sont polypodes oa inillcpèdcs : cependant ils commencent tous dans leur premier état à traîner le derrière du corps; dans le second état ils sont en général apodes ou sans pieds, ou bien ont des pitds qui ne se meuvent que fort lentement.

Ceux qui volent dans l'air ont les ailes toujours tendues, ou bien les replient en dedans : les premières sont farineuses , et les autres membraneuses , ner- veuses et lisses.

Ceux qui habitent l'eau ont des pieds ou des ailes propres à nager.

La robe est de même de trois sortes , savoir : i** de» étuis solides et écailleux , et des anneaux glissant les lins sur les autres , en général couverts d'un duvet fin; 2' des membres cuirassés glissant les uns sur le« autres-, 3" une membrane nerveuse, chargée d'une poussière organisée et éeaiileuse. Dans le premier état cette robe est membraneuse et nerveuse ; dans le second, elle c£t dure^ cruslacée , ou molle et

DES MALACOSTRACES. i5

de dents ou de parties tiancliantes pour îa broyer.

Le sens du toucher est très-vif dans les antennes ou cornes flexibles.

flexible, et dans ]e troisième enfin elle est étendue et solide.

Caractères intérieurs. La tête contient une petite cervelle , d'oiî partent des nerfs , contenus dans une croûte dure ou espèce de crâne.

Le corps renferme les intestins. Dans le premier état de métamorphose le cœur est placé dans deux artères situées en long dans le corps de l'animal , et ayant un mouvement continuel de contraction et de palpitation j dans le second état , ou celui de chrysa- lide, le cœur a un mouvement de contraction jusqu'à ce que la poitrine ou le corselet soit formé ; dans le troisième état le cœur est parfait dans la poitrine , et disperse par des veines une humeur froide et vivi- fiante-, il est d'ailleurs sujet à s'engourdir an froid, et à prendre un mouvement accéléré dans la chaleur.

Les poumons, ou plutôt les parties destinées à la respiration, sont fort douteux. Dans le premier pé- riode de la métamorphose, la respiration se fait par les pores; dans le second, il n'y en a point de sensible; et nous n'osons encore rien décider touchant la res- piration dans le troisième état. Nous «iourons seiile- ment si plusieurs insectes ne respirent pas alors par îa trompe de la bouche ; ce que nous examinerons plus particulièrement dans la suite.

L'estomac et les intestins sont, dans le premier

iG HISTOIRE

Le corps est couvert d'une cuirasse crus- tacée qui se termine en une queue molle, ou crustacce , ou cuirassée , se repliant sur elle-même.

état, droits et fraisés, propres à recevoir la nour- riture broyée; dans le second état, il n'y a rien ôe cette nature, qu'en tani que ces parties se trouvent renfermées dans la chrysalide ou nympLe , et dans le troisième état ces parties opèrent en général par un mouvement de systole , ou bien en rongeant.

Les soutiens sont intérieurement nerveux , c'est-- à-dire, que les pieds de ces animaux qui paroissent extérieurement sont creux , et contiennent des muscles nerveux, qui agissent intérieurement, de ]a même manière que cette opération se fait à l'ex- térieur chez les animaux qui ont les muscles placé« en dehors.

La robe est à l'intérieur, dans le premier état, molle et glanduleuse ; dans le second eut elle est solide et écailleuse , ou membraneuse et ll^-xible, et dans le troisième toujours nerveuse, par le moyen de laquelle l'animal étend ses ailes ou meut ses char- nières.

La ohair est filandreuse et sèche.

Les déjeclions sont noires ou verdâtres , selon l'espèce de nourriture dont ils font usage.

Le mouvement est rampant ou frétillant dans tous les états; soit que dans le premier état l'animal rampe, ou qu'il se contracte dans le second , ou fasse quelque autre mouvement, soit que dans le troisième il rampe,

La

DES MAL ACOSTR ACES. 17

La poitrine est au bas du corps, par de- vant, et se trouve mnnie de bras, avec des pinces crusiacées , et généralement dentées.

Le ventre , rendu immobile avec la poi-

* coure on vole : sa marcbe est toujours sinueuse, mais particulièrement dans le troisième état. Alors ces animaux, qui volent, pour ainsi dire, tous, ont un mouvement de vibration , en parcourant l'air d'un vol sinueux qui leur est particulier.

L'habitation de ces animaux est très-vaste , parce qu'ils cherchent par -tout leur nourriture. On les trouve dans le règne des plantes tant terrestres qu'aquatiques, sur les bords des rivières et des ca- naux , et sur ou dans le corps des animaux qui ont du sang , et même des autres insectes oli ils se trou-» vent même dès l'ovation. Ils vivent seuls mâle et femelle; ou bien en compagnie en grande quantité, dans une espèce de république.

La propagation de l'espèce se fait par accou- plement.

Les parties sexuelles sont en général placées à l'intérieur, mais se meuvent extérieurement dans les deux sexes pendant la copulation. Ces animaux: «ont ovipares. Les jeunes encore imparfaits se glis- sent hors de l'œuf , toujours dans un endroit où. se trouvent les alimens qui leur conviennent, et que l'instinct leur fait chercher tout de suite.

Leur voix est criante et résonnante; elle est pro- duite par le froissement des deux ailes les unes contr»

Ins, Tome V. B

ï8 HISTOIRE

trine et le dos, par une niêiiie cuirasse, ou bien crusiacée et mobile , est en général terminé par une queue couverte d'anneaux crustacés, glissant les uns sur les autres, et

les autres, ainsi que par le mouvement des pieds et peut-être des muscles.

La durée de leur vie est Irès-courte après qu'ils ont atteint leur être de perfection; leur existence est ))lus longue pendant leur élat de métamorpbose : chez quelques-uns même elle est fort longue.

Leur mort est en général naturelle par un épui- sement des forces vitales , et se reproduisent s'ils ne sont pas détruits avant ce tems par leurs ennemis.

CLASSE VïlI. TestacÉs, n*ayant aucune parti» osseufie , mais le corps couvert d'un têt qu'ils quittent à volonté ; ils habitent le sable et la vase.

Caractères extérieurs. La lête est une éminence ronde , charnue et élastique qui se cache dans la poitrine ou dans la partie antérieure de l'animal, et qui a pour base une petite partie dure.

Les yeux sont douteux chez plusieurs, mais danà la plus grande partie on les découvre au bout de deux cornes ou tuyaux nerveux et mobiles , très- sensibles.

Les narines et les oreilles ne sont pas encore bien connues, mais quelques-uns ont des corps mobiles qui leur en tiennent lieu.

La bouche est un piston aspirant ou arrachant par

DES MALACOSTRACES. 19 garnie au bout de deux ailes plates pour nager. 11 y en a cependant qui n'ont point de queue.

Les parties de la génération sont chez

îe moyen de dents nerveuses et flexibles ; il y en a qui ont une langue fort dure.

Le sentiment du toucher doit être très-sensible, puisqu'on voit qu'à une distance assez grande ces animaux se contractent déjà sans qu'on les touche.

Le corps est pulpeux, visqueux, gro*? , plissé ou uni, étant plat par dessous et sphériqùe par dessus, toujours doué d'un niouvçment de contraction.

I-a poitrine est cachée sous le manteau , qui est membraneux et épais.

Le dos se termine à la queue , qui est plate et unie ou fraisée.

Le ventre traîne toujours à plat sur la terre , et se trouve aussi fraisé sur les deux bords ; il est toujours visqueux et se trouve doué de la faculté de se con- tracter et de se dilater dans l'eau.

Les parties de la génération sont placées à la poi- trine , se dardent en dehors ou se contractent en dedans. Ces animaux sont pour la plupart herma- phrodites.

Les soutiens sont un ventre plat qui s'étend en une peau bordée ou fraisée , sur laquelle ils se l^raîiient par un mouvement progressif d'ondulation fort lent qui leur est propre , et qui quelquefois est accéléré par des antennes saillantes.

La robe est composée d'une membrane flexible ou

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20 HISTOIRE

quelques-uns disposées de façon qu'ils peuvent s'accoupler; chez d'autres elles sont douteuses, et Ton croit qu'ils se propagent par le moyen de la laitance et du fiai.

bien d'une enveloppe au plus, laquelle enveloppe est toujours crnstacée , moulée et contournée sur le corps de l'anin^al, et représente par conséquent sa forme exlérirui cinent , étant ouverle à la bouche, ou couverte d'un, de deux ou d'un plus grand nombre d'operculei.- , lesquels lui servent de couvercles , et qui sont toujours attaches à l'animal. L'animal même enfin est couvert d'une peau nerveuse et visqueuse.

Caractères intérieurs. La tôle contient des nerfs qui vont se rassembler dans la jioitrinc.

La poitrine et le ventre sont réunis et contiennent en général des intestins simples et droits, en forme de tuyaux.

Le cœur est un viscère qui a un mouvement sen- sible ; chez quelques-uns de ces animaux il se trouve dans une pochette de la poitrine.

La respiration se fait par des viscères aériens, renfermés dans le corps , par le moyen desquels ces animaux s'élèvent dans l'eau.

Les parties de la génération sont des espèces de Inyaux sinueux, qui chez les deux sexes sortent du corps et s'unissent en s'cntorlillant, et forment des œufs extérieurement.

Les muscles sont une grlée visqueuse , parsemée d& beaucoup de nerfs ^ui composent, poiu' ainsi dire^

DES MALACOSTRACES. 21

Les soutiens sont des jambes cuirassées et articulées par des jointures égales ; dans plu- sieuis elles sont garnies d'un ergot au boutr Les jambes ont la plupart trois, quatre ou

tout l'animal et dont il suinte toujours une substance grasse, muqueuse et gluante.

Les soutiens sont à l'intérieur nerveux et élas- tiques.

La robe est une membrane molle, glissante, mns- culeuse et d'ui\e nature glanduleuse qui leur est particulière.

La cbair est une espèce de gelée muqueuse.

Les liqueurs sont une bave blanchâtre , tenace et gluante.

Les déjections sont terreuses et en général noires.

Le mouvement se fait en traînant, ou par con- traction sur une base plate. Ces animaux ont toujours un mouverftent progressif d'ondulation, soit qu'ils nagent dans l'eau ou se traînent sur la terre.

L'habitation est sur la terre et dans la terre, des- sous toutes sortes d'herbes et de vieilles murailles , principalement ceux des eaux , et dans le sable et la vase de la mer ou des rivières. Ces animaux fiaient en général la lumière , cherchent leur nourriture pendant la nuit et croissent dans la pluie ^ ou bien habitent dans l'eau , sur le fond de la mer, sur les rochers et sur les bancs de sable , ainsi que sur les plantes marines.

La propagation de l'espèce se fait par un long accouplement des deux sexes, qui , en changeant de

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22 HISTOIRE

six divisions, et sont destinées k nager chez

ceux dont le derrièie du corps est mou. Les

pattes sont ordinairement au nombre de huit.

La robe consiste en une croûte dure ,

place, ne se quittent point. Ces animaux sont accou- ples par des lu5'aux sinueux qui pénètrent clans la matrice de la femelle, qu'on regarde communément comme hermapliroctite. Ils font des œufs visqueux , d'où les jeunes sortent sous une forme parfaite ; ils changent successivement de robe à mesure qu'ils grandissent et que leur ancienne enveloppe devient trop petite.

Leur voix est plaintive et grinçante.

La durée de leur vie n'est pas connue pour le général.

Leur mort arrive naturellement par contraction ou dessèchement , mais un grand nombre pourrit ou devient la proie de ses ennemis.

CLASSE IX. Les vers, dont le corps ou du moins quelque partie du corps est capable d'un mouvement de contraction et d'extension ; ils habitent par-tout , et se trouvent , pour ainsi dire , semés dans toute la JS^ature.

Caractères extérieurs. La tête alongée ou ronde ; en général on ne peut pas la distinguer , mais chez quelques-uns on la reconnoît par des espèces de pistons ou de petites mâchoires.

Les yeux sont douteux. On ne trouve dans ces animaux ni odorat , ni ouïe.

La bouche est un pistou aspirant ou rongeant , par

DES MALACOSTRACES. sS

unie , calcaire et friable , dont ranimai se dépouilJe à des teins marqués. La queue est en géuéial garnie d'anneaux crustacés, qui glissent les uns sur les autres.

le moyen de trompes ou de pclites mâchoires Iran- ctaiites.

Le sentiment du toucher est très-vifel fort agissant.

Le corps est tout d'une pièce avec la tête et la queue- il est long et ramassé, et divisé en muscles annulaires ou spirales, qui se contractent et s'étendent à la volonté de l'animal. Il est fioid et doué d'un mouvement de vibration ; chez plusieurs le corps jette une lumière pendant la nuit.

La poitrine , le ventre et le dos ne sont pa« faciles à distinoncr l'iui de l'autre , du moins chez la plupart de ceux que4'on connoît.

La queue ressemble en général à la télé.

Les soutiens sont la peau même qui a un meuve* ment progressif par ondulation.

La robe consiste dans cette peau annulaire.

Caractères intérieurs. La tête est adhérente à la cervelle et aux nerfs , qui se dispersent dans le corp", et qui peuvent être partagés dans plusieurs.

Le cœur , qui se prolonge dans tout le corps de l'animal , se contracte , se divise , et croit de nouveau quand il en a été coupé une partie.

La respiration n'est pas bien connue encore.

Les parties génitales sont douteuses; mais chez plusieurs raccouplemcnt se fait par frottement; c^ animaux sont ovipares.

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I4 HISTOIRE

Caractères intérieurs des crustacés, suwanî M. Lefrancq.

a La tête contient une très petite cervelle. Le corps est couvert d'une membrane

Les nerfs sont de longues fibres, entortillées l'uno dans l'autre , et qui se contractent.

Les soutiens agissent dans l'intérieur du corps même.

La robe est intérieurement glissante, membraneuse et tortillante.

La chair n'est composée que de fibres.

Les liqueurs consistent en une humeur blanchâtre, transparente et gluante.

Les déjections sont noires et terreuses.

Le mouvement se fait par ondulation , par con- traction , et en se repliant en syphon ; mouvement progressif qui est si particulier à ces animaux , qu'on lui a donné le nom de mouvement vermiculaire»

L'habitation est dans la terre et dans les intestins des animaux , ainsi que dans les plantes , tant terrestres qu'aquatiques.

La propagation de l'espèce est très- obscure chez plusieurs-, mais il est connu que quelques-uns sortent d'œufs membraneux.

Leur voix n'est pas connue.

La durée de leur vie est naturellement fort longue

Leur mort arrive naturellement par décomposition; mais ils sont plus exposés que tous les animaux à être dévorés par leurs ennemis,

DES MALACOSTRACES. sS «ur laquelle est posée la croûte calcaire ; et dans cette membrane sont renfermés in- térieurement les muscles et les nerfs , ainsi que le cœur, qui consiste en un viscère

CLASSE X. Les zoophytes ou animaux plantes.

Caractères extérieurs. Le corps a la fornfe d'un arbrisseau brancliu , feuille ,ou cPune fleur-, ses parties extérieures peuvent être divisées , et croissent de nouveau. Ces animaux ont , en général , des bras saillans et mobiles, qui s'alongent et se resserrent, qui , en allant se confondre dans un même tronc , sont fixés dans une bouche aspirante , et se terminent généralement en une espèce de calice ou d'étoile.

Le cœur et les intestins sont divisibles , croissent de reclief , et semblent par conséquent répandus dans tout le corps de l'animal.

Les soutiens ne sont pas des parties séparées , mais seulement de petites branches saillantes , comme des bras , lesquels sont dans le corps même qui s'attache en quelque endroit.

La robe consiste en une espèce particulière de membrane très - molle , laquelle néanmoins , chez quelques-uns, est pulpeuse, comme celle du limaçon.

Caractères intérieurs. Le corps consiste en des tuyaux articulés , qui croissent de nouveau -, mais on n'a encoie qu'une connoissance imparfaite du reste.

Les liqueurs sont une eau colorée et diaphane.

Les déjections sont une glaire verdâtre , ou une substance calcaire chez quelques-uns.

26 HISTOIRE

alongé, avec deux veines, et capable

contjacliou.

Les poumons ne sont pas encore bien connus; mais ils sont probablement placés dans 1 estomac, et opèrent par quelques vé- sicules ou tuyaux. 11 faut observer qu'il n'est pas déniontié encore si les cruslacés res- pirent, comme les insectes, par des stig- mates; ce qui me paroît fort douteux chez les insectes , qui changent entièrement de forme.

La propagation de l'espèce se fait dans ranimai même , uatnrelleineut , par accroissement et branchi- ficalion ; de sorte que l'animal se reproduit par une force vitale qu'il a en lui-même. Cette pui.s?ance génératrice est répandue dans des fibres d'une finesse extraordinaire. Ils sont hermaphrodites, et attachés en même tems aux nouveaux rejetons j de sorte qu'ils sn nourrissent mutuellement les uns les autres.

liC mouvement est vif et spontané ; il se fait par contraction , l'animal changeant rarement de place.

L'habitation est dans l'eau sur les plantes marines et fluviat lies , ils demeurent de compagnie dans de petites cellules calcaires qu'ils se préparent eux- xncmes.

La voix est inconnue.

La mort arrive naturellement en se durcissant et en Re desséchant ; mais ils deviennent, pour la plus grande partie , la proie de leur» ennemis , qui sont les puissous et les insectes.

DES MALACOSTRACES. 27

L'esto^iac et les inteslins sont enveloppés dans une espèce de moelle liquide. On ex- pliquera le reste en parlant de ces animaux dans la suite.

Les soutiens sont intérieurement com- posés des muscles et des membranes des jointures, renfeimées dans une membrane nerveuse, écailleuse et creuse.

La robe est à Tintérieur une espèce de périoste, composé de glandes tendues et visqueuses.

La chair est blanche , tendre , fine , ali- menteuse, mais de difficile digestion.

Les liqueurs sont un sang salé ou doux; chez quelques-uns d'un rouge pâle , et une humeur laiteuse.

Les déjections sont en général jaunâtres et liquides.

Le mouvement est difficile et de travers, en levant les deux pattes intermédiaires Tune après l'autre, qu'ils traînent toujours len- tement, et qu'ils retirent au moindre attou- chement.

Leur habitation est principalement les étangs marins , les fentes des rochers , et les bas-fonds ou bancs de sable ; c'est pour- quoi nous les appelons animaux tiers.

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Cependant on en trouve aussi sur la terre, dans le creux des arbres, dans la terre, etc.

Leur nourrituie consiste eu plantes ma- rines, en limaces et autres insectes de mer.

La propagation de l'espèce se fait par intromission ou par arrosement. Ces ani- maux sont ovipares. Les œufs sont en gé- néral couverts d'une légère membrane, et attachés au ventie de la mère. Les petits ont, à ce qu'on croit, une forme parfaite en sortant de Vœaf.

Leui' voix est une espèce de grincement.

La durée de leur vie est compte.

Leur mort est naturelle, et occasionnée en général par un dessèchement, s'ils ne deviennent pas, avant le tems, la proie de leurs ennemis».

Il est donc évident que l'auteur dont nous venons de rapporter le travail avoit formé une classe particulière des crustacés, et qu'il lui donnoit la supériorité sur celle des in- sectes.

Le professeur Cuvier, se guidant d'après Svvammerdam et ses propres. observations? a opéré, bien mieux et plus solidement que M. Lefrancq, peu comiu d'ailleurs des na- turalistes, une réforme salutaire dans cette

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partie de la zoologie. Son Tableau élémen- taire de riiistoire des animaux est l'ouvrage il a commencé ce changement. D'abord il nous rappelle un fait presque oublié jus- qu'aîois , ou dont on ne savoit pas profiter : c'est que les crustacés ont un cœur muscu- laire 5 tandis que les insectes n'ont qu'un simple vaisseau dorsal susceptible de con- traction et de dilatation, mais sans aucune branche qui transmette le fluide qu'il con- tient. Voyant ensuite, avec Swammerdam, que les crustacés ne passent point par les états appelés métamorphoses , il en déduit la nécessité de ranger ces animaux, ainsi que tous les insectes pourvus de mâchoires et sans ailes, dans un premier ordre, et d'y mettre à la tête les crustacés ; mais cet ordre, tel qu'il est composé, présente quelques dé- fauts. Des animaux respirans par des bran- chies , ayant un cœur , y sont associés à des animaux dont la respiration s'effectue par des trachées aérifères , et qui n'ont pas de véritable cœur.

Il falloit dissoudre une telle société ,• et c'est ce que M. Lamarck fit dans ses cours» quelques années avant la publication de son Système des animaux sans vertèbres. Il jugea même , avec raison , que les crus-

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tacés dévoient former une classe. M. Cuviei' pensoit aussi de même, comme on peut le voir par ses Leçons d'anatomie comparée , publiées deux ans après l'impression de son premier ouvrage. ' Nous rendrons compte plus tard des travaux secondaires ou de ceux de détail.

2". Organisation des malacostracés. Con- sidérons d'abord Fenveloppe du corps , sa figure, les organes du mouvement, et nous passerons ensuite à la description des an- tennes, des yeux , des parties de la bouche ; de la génération et des organes intérieurs. Les malacostracés ont l'enveloppe extérieure de leur corps formée d'une substance géné- ralement dure et calcaire (i). Aristote dis- tiuguoit cette croûte* des malacostracés du tèt des coquillages , en ce que cette croûte se froisse et s'écrase , et qu'on ne la casse ))oint, qu'on ne la brise pas comme le têt des coquilles. Cette distinction, ainsi que l'observe Olivier, est minutieuse et ne peut être adoptée. Il est néanmoins certain que

(i) Ce têt paroît forme d'une substance animale et d'une matière calcaire. Si on met au feu quelque» portions de ce tel , on sent une odeur de corne brûU'Cj ce qui décèle la présence de la partie animale.

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Tenveloppe des malacostj aces est moins dure que le tel des coquilles, qu'elle résiste moins à une forte pression, et que sa matière doit être moins calcaire et moins compacte. Ea disant que la croûte de ces animaux est dure , nous parlons généralement ; car les pagures , les malacostracés parasites , ceux qui terminent la section ont une peau molle, et c'est pour cela que plusieurs d'entre eux sont obligés de vivre dans des coquilles dont ils se sont rendus maîties. La forme du corps des malacostracés change insensiblement à mesure que Ton par-court la série , et que l'on arrive aux derniers chaînons qui lient les crustacés avec les insectes. 11 est donc difficile , ou même inipossible , de donner des caractères généraux applicables à tous les genres. Les branchiogasties, ou ceux dont les branchies sont sous le ventre, et exté- rieures 5 sont considérablement éloignés par leur structuie des ciabes qui sont placés à l'extrémité de l'échelle. Les malacostracés à coui te queue et à longue queue , ou les biachyures et les macroures, composant la' glande masse de cette division des crustacés, peuvent encore nous offt ir des traits com- muns de physionomie. C'e^t donc sur eux que nous devons actuellemeat porter presque

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exclusivement nos regards. Le corps de^ malacostracés décapodes, ou de ceux de mon premier ordre , est formé principalement d'un tronc et d'une queue. Le tronc cons- titue essentiellement le corps , étant com- posé des organes les plus importans de l'animal. Il est formé extérieurement de deux pièces; Tune inférieure, moins dure, mais cependant assez osseuse dans plusieurs pour présenter l'idée d'une espèce de char- penle , est destinée à servir de support général aux organes du mouvement , à quelques pièces qui ferment extérieurement la bouche et à protéger le dessous du corps ; c'est le sternum ou la poitrine , pour me servir de l'expression usitée dans les insectes. La pièce supérieure est une sorte de boîte dure , appelée tét , mince , dont la figure Tarie de celle d'un segment de cercle tronqué à sa pointe, à celle d'un demi-cylindre, con- cave en dessous , courbée sur les côtés pour s'unir étroitement à la pièce inférieure , défendant le corps en dessus , et dont l'ex- trémité antérieure formant , si je peux parler ainsi, une espèce de crâne , ce que De G^er appelle casque dans les écrevisses , renferme le cerveau , porte les yeux , les antennes et les instrumens qui concourent spécialement

à la

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à la nianclucation. La suiface de ce têt est variable ,* tau lot elle est lisse , tantôt elle est chagrinée , très-inégale , hérissée même de piquans plus ou moins nombreux ,• son bord antérieur est quelquefois très- avancé ; c'est une sorte de bec , entier , fourchu , ra- mifié , une apparence de scie ; les côtés de ce têt ont souvent des dentelures ou des crénelures , dont les méthodistes tirent parti pour déterminer les espèces. Les angles pos- térieurs sont dilatés dans les calappes, et deviennent un abri pour les paftes posté- rieures de ces animaux. La tête, ainsi con- fondue avec le corselet, ou, si Ton veut, le corps, ne forme qu'une masse terminée par une queue : nous ne parlons que des dé- capodes. La queue est attachée à la jonction des bords postérieurs de la pièce supéiieure du tronc , du têt , que je nomme aussi cara- pace par allusion au têt des tortues , et de la pièce inférieure. Vue en dessus , cette queue est une suite de lames ou de tablettes crus- tacées, figurées en petits trapèzes, diminuant insensiblement de largeur pour venir former une pointe à l'extrémité ; car la dernière est triangulaire. Ces tablettes sont au nombre de sept ; lorsqu'on les examine en dessous , on s'aperçoit, du moins dans les brachyures, Ins. Tome V. C

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que chaque tablette est une espèce d'anneaii plus ou moins comprimé ^ les deux côtés étant réunis transversalement par une espèce d'arc ou de corde, également crustacé; les vuides, qui sont entre ces demi -anneaux inférieurs, sont remplis par une membrane. Le long des côtés inférieurs , des appendices que nous décrirons plus tard sont insérées dans plusieurs. La queue des brachyures a ses dimensions beaucoup plus petites; elle est construite de manière à pouvoir se loger dans un enfoncement pectoral ; on ne la dis- tingue même souvent presque pas , sur-tout dans les leucosies. Les anciens s'expj iment de manière à faire croire qu'ils regardoient plusieurs maiacostracés comme privés de queue. Dans les brachyures, cette partie du corps est bien souvent courbée en dessous ; mais elle est trop grande pour échapper au premier coup d'oeil de l'observateur. 11 y a encore ici ce caractère particulier ,• c'est que l'extrémité est garnie de lames foliacées, qui forment , étant développées, un éventail. Nous reviendrons sur cet objet, en traitant des membres de ces animaux.

On trouve dix pattes dans le plus grand nombre de ces insectes. Il y en a quelque- fois plus, comme dans les crevettes, mai«

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Jamais moins. Elles sont insérées, par paire, sur les côtés de ]a poitrine , et sur deux lignes presque parallèles , un peu convei^gentes près de la bouche, plus éloignées l'une de Tautre dans les bracliyures que dans les macroures. La longueur de ces pattes , com- parée avec celle du corps, varie beaucoup suivant les genres et même les espèces; quant à leurs dimensions respectives , eUes dimi- nuent en général graduellement , à com- mencer par la paire antérieure qui est ordi- nairement beaucoup plus grande et d'une conformation particulièie, , ce qui a fait nommer ces pattes des bras.

Tous ces organes du mouvement ont en général beaucoup de force, et une action plus variée que celle de la plupart des in- sectes; Ton sait que